Le Programme
La Conscience
1. Enjeux de la notion
L'illusion de la maîtrise absolue
Spontanément, la conscience se présente à nous comme une certitude absolue : je sais que je pense, je sais ce que je ressens. Elle nous donne l'illusion de contrôler notre vie et nos pensées.
Pourtant, l'expérience nous prouve le contraire (oublis, rêves, actes manqués, déterminismes sociaux). Une immense partie de notre être échappe à notre vigilance rationnelle.
Dès lors, la conscience de soi est-elle une véritable connaissance de soi, ou la source de nos pires illusions ?
La double dimension (Psychologique et Morale)
Le terme de conscience recouvre deux réalités qu'il faut absolument distinguer en dissertation :
1. La conscience psychologique : C'est la simple capacité à percevoir son existence et le monde extérieur (lucidité, vigilance). Exemple : "J'ai conscience qu'il pleut."
2. La conscience morale : C'est la capacité supérieure de l'esprit à juger du bien et du mal, à ressentir des remords ou de la culpabilité ("le tribunal intérieur"). Exemple : "J'ai agi en mon âme et conscience."
2. Les grands repères et concepts clés à maîtriser
A. Les Repères Officiels
Absolu / Relatif
L'absolu est ce qui ne dépend de rien d'autre pour exister (ex: le Cogito de Descartes est une vérité absolue). Le relatif dépend d'autre chose (ex: la conscience de classe dépend du milieu social).
Objectif / Subjectif / Intersubjectif
L'objectif est neutre et universel (ce qui relève de l'objet). Le subjectif dépend du point de vue de l'individu (le sujet). L'intersubjectif est ce qui se construit dans la relation entre plusieurs sujets (ex: le langage, la reconnaissance sociale).
B. Les différents états de la conscience
Conscience immédiate & réfléchie
La conscience immédiate est la perception brute (ex: l'animal ressent la douleur). La conscience réfléchie est le retour sur soi-même (l'homme n'a pas seulement mal, il sait qu'il a mal). C'est la réflexivité.
Conscience phénoménologique
Liée à l'Intentionnalité (Husserl). La conscience n'est pas un récipient vide. "Toute conscience est conscience de quelque chose". C'est un mouvement qui éclate vers l'extérieur pour viser un objet.
Conscience de classe
Concept de Marx désignant la prise de conscience, par un groupe d'individus, des intérêts socio-économiques communs qui les lient (ex: le prolétariat face à la bourgeoisie). Moteur de la lutte des classes.
Solipsisme
Du latin solus (seul) et ipse (soi-même). Le drame intellectuel d'une conscience enfermée en elle-même, qui doute de l'existence des autres consciences puisque la seule certitude absolue qu'elle possède est la sienne.
C. Vocabulaire Freudien (Aperçu)
Ces termes prouvent les limites de la conscience. Pour une maîtrise parfaite, retrouvez leur analyse détaillée dans le chapitre L'Inconscient.
Inconscient physiologique vs psychologique
Physiologique : Mécanismes internes du corps (métabolisme, système immunitaire) qui fonctionnent sans la conscience.
Psychologique : Processus dynamique abritant des représentations, des désirs et des traumatismes non-conscients mais actifs.
Instances du psychisme
Selon Freud, le psychisme n'est pas unitaire. Il est divisé entre le Ça (pulsions inconscientes, libido), le Surmoi (censure morale intériorisée) et le Moi (la conscience, qui tente de trouver un équilibre).
Refoulement & Résistance
Le refoulement est le processus par lequel la conscience repousse des pulsions inavouables. La résistance est la force psychique qui empêche le patient (parfois avec agressivité) d'accepter ces refoulements mis en lumière par l'analyste.
Trouble psychosomatique (Névrose)
Douleurs corporelles bien réelles (ex: vomissements, maux de ventre) mais dont l'origine est exclusivement psychique et anxieuse. Le corps traduit physiquement ce que la conscience censure.
3. Illustrations et Exemples concrets
L'image de l'iceberg
Métaphore célèbre illustrant le rapport entre la conscience et l'inconscient.
La partie émergée de l'iceberg (superficielle, visible, mais minime) correspond à la conscience. La partie immergée (invisible, massive et déterminante) correspond à l'immensité de l'inconscient psychologique et physiologique qui dicte secrètement le mouvement global.
Exemples d'accroches pour la dissertation
L'homophobie comme mécanisme de défense : Il est possible d'imaginer un individu manifestant consciemment une violente homophobie, alors même que cette attitude agressive servirait à dissimuler, dans son inconscient, des tendances homosexuelles refoulées qu'il n'assume pas.
L'ulcère de stress : Un individu peut souffrir d'un ulcère à l'estomac sans aucune cause physiologique réelle. Son corps traduit physiquement un mal-être psychique profond (trouble psychosomatique) totalement ignoré de la conscience. Ces cas prouvent que la conscience peut être en contradiction totale avec la réalité du sujet.
4. Les auteurs incontournables et leurs thèses
A. Le fondement du sujet et de l'existence
Descartes
En employant le doute méthodique de façon hyperbolique, Descartes découvre une première vérité absolue qui résiste à tout : l'acte même de douter prouve qu'il pense, et donc qu'il existe. "Je pense, donc je suis".
La conscience fonde le Sujet de manière indubitable. Le moi devient totalement transparent à lui-même, et l'âme est radicalement distincte du corps matériel (c'est le fameux dualisme cartésien).
Husserl
Husserl critique l'idée que la conscience serait une boîte enfermée sur elle-même (comme chez Descartes). Sa célèbre thèse fondatrice est que "Toute conscience est conscience de quelque chose".
C'est la théorie de l'Intentionnalité : la conscience n'a pas de "dedans", elle est un pur acte de projection, un éclatement perpétuel vers le monde pour donner un sens aux objets qu'elle vise.
Hegel
On ne peut pas accéder à une véritable conscience de soi en restant isolé au coin du feu. La conscience de soi passe par la médiation obligatoire d'autrui (l'intersubjectivité).
Dans la Dialectique du maître et de l'esclave, Hegel montre que la conscience a un besoin vital et orgueilleux d'être reconnue par une autre conscience comme humaine. C'est à travers un affrontement risqué avec autrui que je prends la pleine mesure de moi-même.
B. Le Temps, le Choix et la Liberté
Bergson
Pour Bergson, "conscience signifie d'abord mémoire et anticipation". Elle n'est pas instantanée, elle s'étire dans le temps : on se souvient du passé pour se projeter dans l'avenir.
Surtout, la conscience culmine face à l'imprévu ou face à un choix difficile à faire. En revanche, elle s'endort quand nos gestes deviennent automatiques. La conscience est donc synonyme de liberté d'agir.
Sartre
Par sa conscience, l'homme met une "distance" (un néant) entre lui et le monde. Contrairement à une table, l'homme n'a pas de nature prédéfinie : "l'existence précède l'essence".
Il est un perpétuel projet, condamné à être libre et responsable. S'inventer des excuses en accusant son enfance, la société ou l'inconscient, c'est de la mauvaise foi (une forme de lâcheté).
C. La destitution : Déterminismes et Illusions
Spinoza
La conscience produit l'illusion tenace du libre-arbitre. "Les hommes sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés."
Nous avons l'illusion d'être libres simplement parce que notre conscience est trop partielle pour percevoir la chaîne causale infinie (physiologique, éducative) qui dicte nos actes.
Marx
Nos idées intimes ne naissent pas librement. "Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience."
Toute notre structure de pensée, notre morale et nos opinions subjectives sont conditionnées par l'infrastructure économique et la classe sociale dans laquelle nous avons grandi (déterminisme social).
Nietzsche
La conscience n'a rien de souverain. "C'est le corps qui pense". Il rabaisse drastiquement la conscience, qui n'est qu'un phénomène de surface.
La véritable force motrice de l'homme, ce sont ses pulsions physiques, ses instincts et sa "Volonté de puissance" dont la conscience n'est qu'un outil imparfait. Le corps possède une sagesse instinctive redoutable.
Freud
Freud porte le coup de grâce au sujet rationnel : "Le Moi n'est pas maître dans sa propre maison". L'essentiel de notre vie mentale est occulte (l'Inconscient).
La conscience n'est qu'une façade fragile qui perçoit les manifestations déguisées de cet inconscient à travers les rêves, les névroses, les lapsus ou les actes manqués.
Alain
En opposition absolue avec les théories freudiennes, Alain considère que la véritable pensée est uniquement celle dont le sujet est l'auteur conscient, celle qui est travaillée avec esprit critique.
Ce qui se passe en nous "malgré nous" n'est pas de la pensée, mais la simple expression mécanique de la sensibilité du corps. Par conséquent, pour Alain, l'Inconscient n'est qu'un mythe et les rêves n'ont aucun sens caché.
5. Citations mémorisables
Je pense, donc je suis.
Je ne connais pas encore assez clairement ce que je suis, moi qui suis certain que je suis.
Toute conscience est conscience de quelque chose.
Conscience signifie d'abord mémoire et anticipation. [...] La conscience est la mesure de notre puissance de choix.
Nous sommes condamnés à être libres.
L'existence précède l'essence.
L'autonomie de la conscience par rapport au corps est une illusion.
Les hommes se croient libres pour la seule raison qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés.
Le Moi n'est pas maître dans sa propre maison.
Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience.
Le Moi n'est pas maître dans sa propre maison.
6. Méthode (Comment utiliser ce cours en dissertation ?)
Sujet type :
"Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?"
- I. La conscience de soi est fondatrice du sujet Descartes (le Cogito). Ma pensée est transparente à elle-même, j'ai l'intuition absolue de mon existence et de ce que je suis.
- II. La conscience comme source d'illusions Marx et Spinoza : je suis le jouet de déterminismes extérieurs ignorés par la conscience. Freud : Mon "Moi" est gouverné par l'inconscient.
- III. Je ne suis pas une "chose", je suis un projet Sartre : Je ne "suis" rien de défini. Par ma conscience, j'ai la liberté de me transformer par mes actes.
Pièges fréquents à éviter
-
Confondre conscience psychologique et morale.
Lisez bien le sujet. "La conscience nous rend-elle libre ?" vise la conscience psychologique. "Faut-il toujours obéir à sa conscience ?" vise la conscience morale. -
Oublier le rôle du corps.
La conscience n'est pas un fantôme flottant au-dessus du monde. Pensez à mobiliser Nietzsche ou Spinoza pour rappeler la primauté de l'ancrage corporel. -
L'Inconscient comme "excuse" magique.
Ce n'est pas parce que la psychanalyse prouve l'existence de forces refoulées que notre responsabilité morale disparaît. Sartre nomme "mauvaise foi" cette attitude de lâche.
10 sujets d'entraînement au Bac :
- La conscience est-elle source d'illusions ?
- Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
- La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?
- Le sujet se réduit-il à la conscience qu'il a de lui-même ?
- Faut-il toujours obéir à sa conscience ?
- La conscience n'est-elle que le reflet de la société ?
- Peut-on se mentir à soi-même ?
- L'idée d'inconscient exclut-elle l'idée de liberté ?
- Le corps est-il un obstacle à la conscience de soi ?
- Sommes-nous responsables de ce dont nous n'avons pas conscience ?